Édit de 2026 : c’est beau de mettre un peu plus de trois ans à publier un billet de blog. Aussi, j’ai volontairement mélangé les images faites au téléphone et au reflex. Après tout, ça reste de la photographie.
Je commence à écrire cet article depuis Oslo en Norvège, au milieu de l’été 2023. Je viens d’atteindre le point le plus éloigné de mon voyage de quelques semaines.
Ce voyage est différent des autres sur plusieurs points. Premièrement, je ne suis pas vraiment partie pour faire du tourisme, découvrir de nouveaux endroits et faire de la photo. Je suis partie pour voir des amis, expatriés pour certains, d’autres que j’ai eu le plaisir de retrouver après des années sans nouvelles. Le second point, c’est que j’ai décidé de voyager totalement en train. Outre la raison écologique évidente de ce genre de voyage, il y avait d’autres aspects qui méritaient que je m’y intéresse.
Lors de mon périple, je m’arrêtais au minimum en Allemagne et en Norvège pour voir des proches. Prendre l’avion devenait alors une logistique peu attrayante. Ne vivant pas proche d’un grand aéroport, je devais à minimum aller dans une plus grande ville, à au moins une heure de train, pour aller ensuite à l’aéroport chargée de mes affaires, attendre pour mettre ma valise en soute, attendre encore pour l’embarquement, faire une heure de vol, descendre, attendre ma valise, reprendre encore des transports pour aller dans le centre-ville de ma première destination… Répéter cette opération autant de fois que nécessaire selon le nombre de proches et de pays. Mouais.
Après de multiples recherches sur internet, je me rends compte qu’il existe des pass pour l’Europe en train et que sincèrement, financièrement, c’est beaucoup plus intéressant que l’avion pour plusieurs destinations. Alors certes, les statistiques sont vertigineuses. Pour trois pays en dehors de la France : 17 trains, 8 villes de transit ou d’arrêts, 40 heures assise sur un siège (dans le meilleur des cas). Après tout, pourquoi pas. J’ai du temps devant moi et ça me permettra d’apprécier pleinement la distance entre chaque pays.
C’est une autre manière de voyager et je suis partagée entre l’excitation d’une nouvelle aventure et le stress que tout déraille. De plus, mon premier pays de destination n’est pas réputé pour la qualité de son service ferroviaire.
Étape 1 : l’Allemagne.



Ma première destination, c’est une ville dans laquelle j’ai vécu quelque temps : Francfort-Sur-Le-Main. Située dans le centre-ouest de l’Allemagne, il faut seulement 4h en train depuis Paris pour la rejoindre. Je connais déjà la ligne ferroviaire et la ville à l’arrivée, cette partie du voyage est sûrement l’une des plus douces. L’Allemagne m’a manqué, je n’y suis pas retournée depuis un an. J’y retrouve mes amis, qui ont la gentillesse de m’héberger. J’ai fait peu de photo sur cette période, j’ai profité d’être ici, à profiter de mes proches et de la ville avec le sentiment de n’être jamais partie.


Francfort est une ville que j’aime particulièrement, la vie y est douce. J’ai une foule de souvenirs ici : mon premier concert en solitaire, mes balades sans fin à des heures improbables sans jamais me sentir en danger et évidemment l’Applewein et les schnitzel. Jusqu’ici, donc, tout va bien.
C’est lors de la deuxième étape que je vais maudire l’opérateur ferroviaire de l’Allemagne : la Deutshe bahn.
Étape 2 : Copenhague, Danemark.


Je choisis de couper mon itinéraire en m’arrêtant au Danemark. Même si je connais déjà un petit peu la capitale pour y être allée en 2018, je décide d’y passer quelques jours. Encore faut-il arriver à destination. Pour y aller, je fais un trajet Francfort-Hambourg, Hambourg-Copenhague. Il me faut 9h47 de train. Les trains allemands sont moins rapides que les Français avec une moyenne de 160-200 km/H contre 220-260 km/h pour nous. Mais là n’est pas le nœud du problème.
Arrivée en gare centrale de Francfort, la DB m’annonce que la gare de départ a été changée. Vous qui vous plaigniez de la SNCF, retenez ceci : votre gare de départ n’a jamais été modifiée 30 minutes avant votre train sans solution pour vous y rendre. Je dois donc rejoindre la gare du sud de la ville, en passant par l’étape Tram / RER sans savoir si je vais réussir à être à l’heure. Finalement, le train partira avec 59 minutes de retard, me garantissant de rater ma correspondance, mais pas d’être remboursée de mon ticket de train puisqu’il faut 60 minutes exactement. Bon. Ici, c’est l’étape où je me laisse porter. Je verrai bien quoi faire quand je ne serai plus très loin d’Hambourg. C’est sans compter le train qui fait demi-tour en plein milieu du trajet parce que « Oupsie, il y a des travaux ici », nous retardant de 30 minutes supplémentaires. Cette fois, on est bon pour le dédommagement.



Mon voisin de siège est bien trop investi dans mon histoire et me ramène de la nourriture et du café, on papote gentiment et il me dit que c’est toujours comme ça ici et qu’il vaut mieux prévoir le temps de retard dans son emploi du temps. Ah.
À une trentaine de minutes d’Hambourg, je me rends compte que mon train pour Copenhague est lui aussi bien en retard. Je vais avoir 5 minutes et pas une de plus pour courir et monter dedans. La seule magie du train allemand c’est d’indiquer en permanence les numéros des voies pour les départs et arrivées, y compris sur leur application mobile. Me voilà donc à étudier le plan de la gare d’Hambourg comme une damnée pour être sûre de choper ce maudit train.
Évidemment, la DB rajoute son sel et change la voie de notre arrivée au dernier moment. Heureusement pour moi, je ne suis pas trop trop loin et je monte in extremis dans le train surpeuplé pour Copenhague (Imaginez moi avec mon gigantesque sac à dos blindé de bouteille de vins en train de courir). Cette fois, c’est un équivalent de TER. Jusque là, je n’avais eu que des équivalents de TGV. Encore une fois, ne vous plaignez plus de la SNCF. Certes; ce n’est pas parfait, mais sachez qu’il y a bien pire dans un pays équivalent. La climatisation du train tourne pleine balle alors que le temps extérieur est humide, je ne sais pas si j’ai froid ou non à force. Nous étions censé arriver vers 1h du matin avec le retard annoncé, mais la encore, c’est la DB qui opère, même si nous allons au Danemark. Rajoutez à ça le contrôle douanier à la frontière : j’ai bien cru ne jamais arriver à Copenhague.
J’ai posé ma tête sur l’oreiller à 3h du matin.



Étape 3 : Norvège.


Après mes mésaventures avec la DB, je crains le pire pour mon trajet Copenhague – Oslo. D’autant plus que j’ai environ 8h de train et pas mal de correspondances à cause de travaux à Göteborg en Suède. Pourtant, tout va bien se passer. Les trains sont confortables et à l’heure. Cette partie du voyage me fait du bien, d’autant plus que je rejoins à nouveau des amis à l’arrivé. J’arrive vers 18h et nous repartons tous ensemble en voiture à deux heures de la capitale pour un week-end à la montagne.

Je ne pourrais pas profiter autant que prévu du reste de mon séjour à cause des intempéries prévues sur le pays, mais ce n’est rien comparé aux inondations monstrueuses que subit la Slovénie. Je me retrouve donc coincée sous la tempête Hans qui a le loisir de nous faire éclater les oreilles par des alertes cell broadcast bien trop régulières.


Retour en France : deux jours, huit trains et sept pays plus tard
J’écris cette partie de ce billet de blog depuis la France, confortablement installée derrière mon bureau. Je suis bien rentrée d’Oslo, mais j’ai bien cru ne jamais y arriver. Pourtant, je n’ai loupé AUCUN train. Je suis arrivée en France puante mais heureuse.
Étape 1 : Oslo > Copenhague
Je suis donc partie d’Oslo après plusieurs jours de fortes intempéries qui ont détrempées le pays et qui ont donné lieu à des glissements de terrain à certains endroits. Mon 1er train était à 9h30 et je suis allée sans grande conviction à la gare centrale, ne sachant pas si j’allais être en mesure d’aller jusqu’à Copenhague.
Finalement, le train est là sans perturbations annoncées. Première correspondance en vue : Göteborg. Je profite de la vue sur les Fjords en tricotant par la même occasion la laine que j’ai achetée en Norvège. Jusqu’ici tout va bien. Arrivée en Suède, je suis censée attraper un bus pour faire Göteborg > Mölndal puisqu’il y a des travaux sur cette partie. Je respire, trouve le bus…. Oh. Surprise. Une partie des voies sont HS à cause de la tempête. Je vais donc faire 2h30 de route en bus de ville, avec mon sac qui m’écrase parce qu’il n’y a aucune place ailleurs que sur mon ventre.



Je ne sais ni quand nous arrivons, ni à quelle station. Je me maudis intérieurement d’avoir choisi l’option difficile, d’autant plus que je voyage seule et que je n’ai personne sur qui me reposer 2 minutes.
Finalement, la Suède est organisée et un train pour Copenhague attend plusieurs navettes pour partir. J’ai faim. Je n’ai pas eu une seule minute entre toutes les correspondances pour attraper à manger et j’en suis à faire les poches de ma veste et de mon sac pour y retrouver quelques petits trucs. Je ne sais même pas à quelle heure j’arrive à Copenhague, je suis déjà épuisée et mon 1er train demain matin est à 4h30. J’arrive finalement saine et sauve au Danemark, à 21h. J’ai eu l’intelligence de booker un hôtel proche de la gare et je peux m’étaler dans mon lit pour quelques heures avant d’attaquer le jour 2. Je ne sens plus mes fesses à force d’être assise.
Étape 2 : Copenhague > Tours
Vous qui me lisez. Ne faites pas cette erreur de planifier un trajet Danemark > France sur une journée car le pays de transit s’appelle : L’ALLEMAGNE. Rien que d’y penser en me levant à 4h du matin me fout une boule au ventre. Je ne sais même pas si je vais réussir l’exploit de rentrer à la maison ce soir. Déjà parce que je dois faire Copenhague > Hambourg, puis Hambourg > Cologne, Cologne > Paris Nord et Montparnasse > Tours. J’ai le vertige.
Le 1er train est chouette en ce début de matinée, de passer sur des ponts au-dessus de la Baltique est vraiment merveilleux. Le train est miteux mais le service à bord plutôt agréable. J’ai l’occasion de prendre un café brûlant et vu mon niveau de fatigue… La caféine n’est pas de refus. J’arrive en gare d’Hambourg avec 10 minutes de retard, vraiment pas de quoi dramatiser. J’ai même le temps de sortir de la gare pour faire un petit tour. J’essaie de ne surtout pas penser à toutes les correspondances que je pourrais louper si UN SEUL train était trop en retard.
Le Hambourg > Cologne est à l’heure, c’est un ICE où je n’ai pas pu réserver de place assise. Je dois naviguer au milieu des passagers pour trouver une place libre non réservées qui ne me vaudra pas de contravention. C’est ainsi que je me retrouve au milieu de 6 Allemands en train de boire des alcools forts en plus de la bière et qui n’ont clairement pas idée du volume sonore avec lequel ils parlent. Il est 11h du matin. L’un d’eux finit par me faire la conversation dans un anglais de gens un peu trop défoncés, mais il est franchement gentil et a minima : le trajet parait moins long.



Je vois Cologne se dessiner par la fenêtre et je me jure d’y retourner à l’occasion car la ville a l’air jolie. Et ce n’est un secret pour personne que même si je hais désormais la DB de manière viscérale : j’adore l’Allemagne. Le train est à l’heure et mon Cologne > Paris est annoncé. Je vais rentrer en France ce soir pour sûr ! Il reste néanmoins toujours le moins d’interrogation qu’est la SNCF.
J’ai eu 30 minutes de retard sur cet avant-dernier train, mais c’est l’un des rares pour lequel je n’avais pas accordé de confiance aveugle : SNCF, Paris, changement de gare à faire. J’avais visé 1h30 de marge et j’ai clairement bien fait. J’ai le temps d’aller à Montparnasse et je ne vais pas vous mentir qu’à ce stade je pu. Je marine dans mes fringues depuis 4h du matin, chargeant et déchargeant mon sac de train en train… Et qu’est-ce qu’il fait chaud à Paris … D’autant plus que de la pluie est tombée sur une chaleur folle : l’air est étouffant.
Je prie pour que ce dernier et ultime train soit ponctuel.
Il l’est. Je monte dedans avec un soupir de soulagement : ce soir je dors dans mon lit. Il est 22h, je suis turbo rincée mais quand même un peu fière. J’active la localisation et je regarde notre trajet sur la carte, ne pouvant que m’émerveiller de la technologie TGV et sa rapidité. Je vous jure qu’après autant de train à 100km/h un bon TGV, même en retard, ça me remplit le cœur d’une joie insoupçonnée. Ce trajet en Allemagne m’aurait surement pris 2h30 au minimum. Là, en une heure, je suis à la maison. Et c’est sur le parvis de la gare de Saint-Pierre des Corps que s’arrête se périple interminable.
Je suis vivante, je n’ai loupé aucun train et je l’ai fait. Incroyable.
